Des incendies criminels au meurtre : Frédéric Bezin a-t-il été tué par des chasseurs ?

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Une forte odeur de fumée lui a d’abord fait ouvrir un œil. Puis des crépitements et des bruits de tôles, se tordant sous l’effet de la chaleur, l’ont fait bondir de son lit et foncer dans son jardin, affolé. Mais en cette nuit du mois de mars 2021, Frédéric Bezin n’a pu qu’assister, impuissant, à ces hautes flammes qui détruisaient ses engins de chantier sous ses yeux. Sa mini-pelleteuse, toute neuve, son camion benne et sa remorque venaient d’être aspergés d’essence avant d’être embrasés.

Ce n’est pas la première fois que ce jeune entrepreneur de 36 ans est visé par des incendies criminels. Les plaintes qu’il a déposées à chaque fois sont restées sans effet. Pourtant, Frédéric Bezin est certain de connaître les coupables. Pour lui, ceux qui ont mis le feu à son matériel de travail veulent le contraindre à quitter Vauvert, ce petit village du Gard où il a installé sa famille et construit sa vie.

‘ Aux yeux de certains riverains, il restait un Parisien. Un étranger qui n’avait rien à faire là. ‘

Frédéric Bezin a grandi en région parisienne au sein d’une famille soudée. Ce grand brun à l’allure athlétique s’est installé dans le Gard alors qu’il était adolescent. Tout jeune, il s’est découvert une passion pour l’équitation. Il a commencé à travailler dans des centres équestres au contact des fougueux chevaux camarguais. Il a vite décroché ses premiers boulots et s’est spécialisé dans le débourrage des jeunes chevaux. Son travail consistait à apprendre à ces bêtes à supporter leurs selles et à être montées.

En 2014, Frédéric Bezin crée l’écurie du Monarque, dans la propriété de ses parents, sur le chemin du Bois de Beck, à Vauvert. En plus des quelques cours qu’il donne, il dresse des chevaux destinés à participer à des concours d’allure et d’élégance. Frédéric Bezin y remporte de nombreux prix. Pour mieux gagner sa vie, le cavalier a l’idée de proposer aux centres équestres de poser leurs clôtures. Il crée une société spécialisée et son carnet de commandes explose, en remportant des marchés au nez de ses concurrents.

Dans sa vie personnelle, Frédéric Bezin a également trouvé le bonheur. Il s’est marié en 2019 puis est devenu père de deux petites filles, âgées de 6 et 2 ans. Le passionné d’équidés passe tout son temps libre avec ses petites. Il emmène ses fillettes chaque soir à l’écurie pour nourrir les chevaux et leur apprend à s’occuper des bêtes. ‘ Leur maison était un havre de paix. C’était ‘La petite maison dans la prairie’ ‘, sourit une voisine. Frédéric Bezin était apprécié par la plupart des habitants de cette ville de 12 000 habitants. Mais aux yeux de certains, il restait un Parisien. Un étranger qui n’avait rien à faire là.

‘ Ici on est chez nous. Ce n’est pas un étranger qui fait la loi. Si tu nous manques encore de respect, tu le regretteras ‘

Les tensions apparaissent sur une ancienne parcelle de vigne que Frédéric Bezin vient d’acheter, le 9 septembre 2019, jour d’ouverture de la chasse. L’entrepreneur se balade sur son terrain lorsqu’il croise un vieil homme, fusil à la main, prêt à tirer le lapin. Craignant pour la sécurité de sa famille, il demande au vieillard de quitter sa propriété immédiatement. Mais le ton monte. Le chasseur rameute ses copains et une altercation éclate. ‘ Ici on est chez nous. Ce n’est pas un étranger qui fait la loi. Si tu nous manques encore de respect, tu le regretteras ‘, le menacent-ils.

Frédéric n’était pas un homme peureux. Dans les jours qui suivent, il appelle le président de l’association de chasse, qui lui promet que ce genre d’incidents n’arrivera plus. Quelques jours plus tard, un premier incendie ravage le petit bois qui borde sa maison. Les pompiers maîtrisent le sinistre et expliquent à Frédéric qu’il s’agit d’un feu volontaire. L’éleveur de chevaux dépose plainte à la gendarmerie. Mais l’enquête n’aboutit pas. Au printemps 2020, nouvelles flammes : sa réserve de paille part en fumée. Le père de famille dépose une nouvelle plainte…qui n’aboutit toujours pas.

Mars 2021 : le feu le réveille à nouveau, un peu plus proche de son habitation. Ses outils de travail ne sont plus que cendres. Frédéric est convaincu de la culpabilité des chasseurs. Après avoir déposé une nouvelle plainte, il rappelle le président du club de chasse, en accusant des membres de sa société. ‘ Tu as des preuves ? Si tu n’en as pas, arrête d’accuser les gens sans savoir ‘, aurait répondu l’autre. Des preuves, Frédéric n’en a pas. Reste qu’il est de plus en plus inquiet. Et se demande si ses harceleurs sont capables de faire pire…

‘ Ce gros contrat décroché dans une multinationale aurait-il pu nourrir des rancœurs chez d’autres professionnels ? ‘

Le 26 octobre 2021, un coup de feu résonne sur le chemin du Bois de Beck. Le père de Frédéric, qui vit sur le domaine de son fils, pense à un chasseur matinal. Mais 15 minutes plus tard, lorsqu’il s’apperçoit que le camion de son fils est toujours là, il prend peur et s’aventure dans les environs. Frédéric est étendu au sol, inerte. Il vient d’être abattu d’un tir en pleine tête. Les balisticiens de la gendarmerie, préciseront qu’une arme de chasse a été utilisée.

Pour les militaires de la section de recherches de Nîmes, chargés de l’enquête, Frédéric Bezin a été la cible d’un guet-apens. Le tueur l’attendait et a ouvert le feu à bout portant. Depuis cinq mois, les enquêteurs explorent plusieurs pistes, sans avancer. Ils passent au crible la vie professionnelle de la victime. Ce gros contrat décroché dans une multinationale aurait-il pu nourrir des rancœurs chez d’autres professionnels ? Rien ne permet pour l’instant de l’écarter.

Les gendarmes travaillent aussi sur la vie privée et sentimentale de Frédéric Bezin. Mais de ce côté-là encore, tout paraît lisse. Frédéric et sa femme étaient amoureux. Aucune jalousie familiale ne semble avoir été mise au jour. Et bien sûr, les enquêteurs fouillent avec soin la piste des chasseurs. À l’heure actuelle, aucune interpellation n’a eu lieu.

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